| En septembre 1996, les pionniers-cordées décidèrent
de mettre leur année au profit d'une bonne cause. Ils avaient dans
l'idée d'organiser un camp d'aide humanitaire pour un pays défavorisé
et de récolter les fonds nécessaires à la réalisation
de ce projet. Bien que ce projet leur paraissait audacieux, et donc quelque
peu irréalisable pour eux, ils décidaient néanmoins
d'aller jusqu'au bout.
Les animateurs de la branche prirent contact avec M. Baettig, du département de l'intérieur de l'Etat de Genève, qui leur proposa de faire ce camp à Bihàc, en Bosnie-Herzégovine. Il contacta pour eux le responsable du CICR à Bihàc, et le ministre des réfugiés du canton de Bihàc, M Botonjic. De plus, l'Etat de Genève leur apporta un soutien financier dans leur entreprise. Les deux animateurs se rendirent sur place dans le but d'une reconnaissance de camp, et de discuter avec le CICR et M. Botonjic de la possibilité d'effectuer durant ce camp des travaux d'utilité publique. Ce n'était malheureusement pas évident de trouver de tels travaux pour un groupe de scouts. Le responsable du CICR leur conseilla alors de contacter Caritas Suisse, qui a pris en charge la reconstruction de certains villages en Bosnie. De retour à Genève, les animateurs se mirent en relation avec Caritas et c'est ainsi que naquît le projet. Il s'agissait à présent de récolter les fonds nécessaires. Les pionniers-cordées décidèrent donc d'organiser, au cours de l'année, deux grandes manifestations dans la commune de Versoix. Ainsi, le 22 mars 1997, avait lieu un tournoi de Jass organisé par les pionniers-cordées, qui rencontra un franc succès, pour un premier tournoi. Plus de 120 passionnés vinrent taper le carton, dont notamment les champions suisse de Jass. Ensuite, ils mirent en place le 10 mai 1997 sur le terrain d'Ecogia, une marche parrainée. Le principe était simple; des enfants de Versoix et des environs devaient trouver des parrains prêts à subventionner chaque kilomètre qu'il marcherait. Ainsi de nombreux enfants marchèrent jusqu'à 20 kilomètres, non sans étonner les parrains, afin de contribuer financièrement à leur projet. Les fonds récoltés, le camp organisé et planifié,
les pionniers-cordées purent partir le 10 juillet 1997 de Genève,
en direction de Bihàc.
Ce mois de juillet 1997 aura été mémorable pour nous, les Pionniers-Cordées du groupe scout St-Loup. Nous sommes partis en Bosnie, à Bihàc plus précisément, à l'occasion d'un camp d'aide humanitaire. Nous avons voyagé, deux jours en camionnette avant d'atteindre Bihàc. La route était longue en Italie mais quel plaisir de finalement s'arrêter pour dormir! Nous avons campé dans un champ à une vingtaine de kilomètres de Venise. Le matin, après cette courte pause, nous avons repris la route en direction de la Slovénie. Ce pays a été peu marqué par la guerre et nous avons été surpris par le contraste de plus en plus fort au fur et à mesure que nous passions des frontières. A quelques dizaines de kilomètres de Bihàc, la guerre qui avait eu lieu, commençait à se faire ressentir. Les maisons étaient détruites au plus haut point et sur tous les murs ont pouvait observer des dizaines d'impacts de balles. Autant vous dire qu'on entendait plus personne parler dans la camionnette, le silence était complet jusqu'à ce que l'on eut dépassé les villages. Finalement, quand le paysage devenait plus sauvage et que la route traversait des champs, une rivière et des collines les discussions reprenaient peu à peu. Nous sommes arrivés à Bihàc vers huit heures du soir. Nous avions rendez-vous dans un ancien internat de la ville de Bihàc En traversant la ville, on a pu remarquer que les habitants avaient repris une vie plus ou moins normale, ils se promenaient dans un parc, se baignaient dans un fleuve, prenaient un verre sur la terrasse d'un café. Arrivés à l'internat, habité par des réfugiés nous avons été reçus par le responsable qui nous a tout de suite offert un verre d'alcool extrêmement fort. Nous étions loin de nous douter que c'était une tradition qui allait nous jouer des tours... Le bâtiment lui-même était dans un état déplorable, surtout les sanitaires. Les fenêtres étaient en fait des bâches et les chambres n'avaient pas toutes des portes. Nous essayions tant bien que mal de ne pas montrer notre insatisfaction face à l'endroit où nous devions dormir, mais le directeur a bien vu que nous ne nous attendions pas à ça et il n'a pas arrêté de dire qu'il était désolé mais qu'on ne pourrait pas avoir mieux à moins d'aller à l'hôtel, ce que nous avons hésité à faire. Sur le coup, j'étais presque dégoûtée mais en y repensant je trouve ma réaction assez stupide. Je me dis que des milliers de personnes vivent dans ces conditions et même souvent moins bonne. Maya, une responsable de Caritas, est venue nous voir et nous souhaiter la bienvenue, c'est avec elle que l'on a organisé ce que l'on a fait durant la semaine. Le soir, on était affamé. On s'est rué dans le dernier restaurant ouvert. Vers minuit on est rentré se coucher à l'internat. Il faisait bon frais dans la pièce où nous dormions. Le matin, on a eu droit à un réveil sympathiquement mouillé. En effet, nous n'avions pas pensé que dès le matin le soleil tapait fort et qu'en l'absence de volets ou de stores, on risquait de cuire. Il était difficile de se laver parce qu'il y avait uniquement des lavabos. Les gens de l'internat ne paraissaient pas trop surpris de nous voir et ils étaient tous assez souriants. Cette journée était consacrée à la visite de Bihàc. Nous l'avons écourtée pour discuter de ce qu'il nous avait été demandé de faire. Caritas nous a proposé de travaillé à une trentaine de kilomètres de Bihàc dans un village du nom de Orasac. L'électricité étant inexistante dans ce petit village, il nous était demandé de creuser des trous afin qu'ils puissent y mettre des poteaux électriques. Lundi matin nous étions en route pour le boulot. Arrivés dans ce village, nous avons la chance d'être accueillis par un verre de slivovitch qui, nous l'apprenions à cet instant, est fait à base de pruneaux. Nous avons rencontré les villageois qui avaient l'air très heureux de nous voir. Nous ne parlions pas la même langue mais le langage des signes est, fort heureusement, universel. Les hommes du village étaient en plein travail de reconstruction. On nous a montré les trous a creuser et prévenu de ne pas nous éloigner des chemins ou bien des champs ou l'on travaillait parce qu'il était probable qu'il y ait des mines. Les trous à creuser étaient impressionnants: 1,80 de profondeur et de longueur pour 60 centimètres de largeur. Markus, un responsable de Caritas nous a conseillé de dormir sur place au lieu de faire des aller-retour inutiles. Nous avons été hébergés dans une maison en construction comprenant un toit et quatre murs. Nous devions dormir à même le sol et il faisait un peu frais parce qu'il n'y avait pas encore de vitres aux fenêtres. Nous avons commencé le travail lundi après midi. Nous nous sommes divisé en groupes de trois. Très vite, on a pu constater que cela ne serait pas facile à cause des nombreux cailloux dans le sol. Nous étions vite fatigués et le soleil tapait très fort. En fin de soirée, on est retourné à Bihàc pour manger et apporter nos affaires au village. On est rentré vers minuit à Orasac et on a passé notre première nuit sur le béton. Le lendemain matin on avait tous mal au dos et aux hanches sans parler des affreuses courbatures qui nous paralysaient les jambes. On est quand même partis travailler de bonne humeur après un petit déjeuner succulent qui nous a remonté le moral. Le temps n'était pas de la partie et tant mieux parce que l'on avait moins chaud et les bestioles volantes nous tournaient moins autour. Certains ont abandonné leur trou parce qu'il y avait trop de pierres. Bien sûr, il restaient suffisamment de trous pour continuer. Il y en avait plus d'une centaine à creuser. Les villageois réparaient le toit d'une maison. Ils étaient solidaires, ils se mettaient tous ensemble et avançaient rapidement. Ils carburaient à la slivovitch et nous ont souvent invité à des " pauses-slivo ". C'était un défi pour nous et eux buvaient cela comme de l'eau. Nous avons rencontré un jeune de notre âge qui est venu nous aidé à creuser. Il s'appelle Ermin et a vécu plusieurs années à Bâle avant de rentrer dans son pays d'origine, après la guerre. Nous pouvions donc parler en allemand ce qui ne facilitait pas les choses. Le soir, on raccompagna Ermin chez lui, un autre petit village à quelques kilomètres. La route était caillouteuse et elle longeait une rivière magnifique, l'Una, dans laquelle nous aurions bien aimé nous baigner. On a vu des banderoles rouges signifiant qu'il y a un champ de mines. Nous en sommes passé à quelques mètres. Chez lui, sa famille nous accueilla bras ouverts et nous finissions par manger chez eux. Ces gens sont sans doute les personnes les plus généreuses, chaleureuses et aimables que nous n'avons jamais vu. Nous avons passé une excellente soirée. Vers minuit nous rentrons, joyeux à cause de la slivovitch. Le lendemain matin, mercredi, on est reparti travailler. Le beau temps était revenu et les mouches aussi. On a travaillé lentement et on a pas eu l'impression de beaucoup contribuer au travail. On s'est rendu compte que l'on était plutôt là pour un échange culturel et moins pour une aide concrète. La journée est passée vite et vers 17h00, on a dû se rendre à Bihàc pour téléphoner. On a passé la soirée là-bas et à notre grande surprise, lorsqu'on est rentré à Orasac, on a trouvé des matelas dans la maison où l'on dormait. C'était le père de Ermin qui nous les avaient apportés. Ainsi retrouvait on un peu de plaisir à dormir. Jeudi matin, on a recommencé la même journée de boulot mais avec de la compagnie. Trois autres jeunes sont venus creuser, on a parlé en allemand avec l'un d'eux et très vite des liens amicaux se sont formés. La journée a été belle, à midi on a pique-niqué tranquillement. Le soir, les jeunes sont rentrés chez eux en nous promettant de revenir le lendemain. Plus tard il s'est malheureusement mis à pleuvoir. On a passé la soirée dans la maison et on a discuté des scouts pour l'année prochaine. On s'est endormi en pensant à notre dernière journée de travail. On a été réveillé par une tronçonneuse tôt dans la matinée et dix minutes plus tard on a fait une chaîne pour ranger le bois que le villageois avait coupé. De quoi être en pleine forme pour toute la journée. Pour certains, le moral était au plus bas. On en avait marre de creuser. On aura creusé quatorze trous et seulement deux ont été terminés. Ce n'est qu'une minuscule goutte dans l'océan mais on en est néanmoins très fier. Dans l'après-midi, on a commencé à ranger nos affaires, ce qui n'était pas chose facile. En effet ce n'était pas très drôle de trouver du beurre fondu dans un sac de chaussette sales, ni de voir que le pot de confiture s'était étalé sur le sol. Enfin, ce sont les spécialités des camps scouts ! Après avoir tout rangé dans la camionnette et salué les gens du village, on est parti chez Ermin pour les remercier de tout et leur rapporter les matelas. On devait rester une demie heure tout au plus parce que l'on avait rendez vous au restaurant à Bihàc avec Markus et Maya de Caritas, mais nous avons été retenu par leur hospitalité. On est arrivé au restaurant avec trois heures de retard, les deux personnes étaient parties. On a finit la soirée dans une disco du nom de Galaksija, et on est rentré à quatre heure. Il faisait presque jour quand on s'est couché! Samedi, on s'est levé vers midi et on a pas fait beaucoup de choses durant la journée. On est allé chez Handicap International où l'on a parlé avec un homme qui s'occupe de la prévention des mines dans les écoles. On a visité la région de Bihàc en camionette.On a vu énormément de choses dont une base SFOR et on a longé une ligne de front séparant Serbes et Musulmans. C'était très impressionnant. Dimanche, le jour du départ, on a beaucoup roulé avant d'atteindre la Croatie où nous comptions dormir une nuit. La route jusqu'en Croatie était assez longue mais heureusement les paysages étaient splendides, surtout à notre arrivée à Rijeka où l'on voyait l'Adriatique. En Croatie, on s'est plus senti en vacances, c'était comme une récompense après ce que nous avions fait. On pensait trouver un coin sauvage mais on a atterri dans un camping familial. On s'est baigné dans une crique paradisiaque et les plus courageux se sont lancés d'une falaise de 7 mètres. Ce séjour restera à jamais gravé dans notre mémoire et je crois que nous serions tous partant pour recommencer. Il faut quand même penser que si la guerre n'avait pas eu lieu on aurait pas eu à faire cela. Cependant, on ne peut pas s'empêcher de songer à la satisfaction que ce que l'on a fait nous a apportée. Ainsi je terminerai en disant que nous avons eu une incroyable chance
de partir là-bas et que c'est quelque chose que l'on ne peut pas
vivre plusieurs fois.
Pour l'élaboration de notre projet la chance de bénéficier du soutien qui nous ont aidées de près ou de loin, et nous tenons à les en remercier. Nous remercions plus particulièrement : Michel Baettig, du département de l'intérieur, des affaires régionales, européennes et de la coopération au développement, pour les contacts importants qu'il nous a fournit pour le soutien financier de l'Etat de Genève. Caritas Suisse pour nous avoir intégré dans l'un de leurs projets de reconstruction , et notamment Markus et Maya. Monsieur Isnet Botonjic, ministre des réfugiés du gouvernement du canton d'Una-Sana, république de Bosnie-Herzégovine, pour son soutien et son accueil. Les représentants du CICR à Bihàc qui nous ont
guidés et soutenus lors de notre projet, notamment de part leur
présence sur place.
Voici la liste des participants à cette grande aventure, qui dura une année entière. Les Pionniers-Cordées :
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